« Depuis que nous avons emménagés ici, la vie est beaucoup trop dure. Pardonnez-moi. »
Je vivais plus ou moins heureuse. Ma vie n'était pas parfaite mais je gérais comme on dit. J'avais des amies auxquelles je tenais et qui tenaient à moi, mes parents étaient et sont toujours de bons parents. J'avais un frère adoré et même un petit ami. Mais voilà, mon père a prospéré et nous avons déménagé dans les beaux quartiers, les quartiers huppés de Paris. Avant nous habitions en banlieue parisienne et ça nous convenaient, et puis, nous avons déménagé, donc. Mon frère était timide et fragile et les gens ici sont hostiles. Et un jour, j'ai trouvé cette lettre et j'ai hurlé, j'ai hurlé de toutes mes forces et puis j'ai passé la semaine suivante à pleurer toutes les larmes de mon corps. Ma vie s'est brisée ce jour là, après avoir découvert le corps froid et mutilé de mon frère, et ses lames de rasoir étendues dans son sang qui inondait le parquet ancien de sa chambre dont la décoration rendait ma mère si fière. Aujourd'hui cette pièce est comdannée et mon frère n'existe plus que dans nos pensées. Il n'y a, dans mes souvenirs de l'appartement où nous vivions, aucunes photographies de lui.
Je vis maintenant dans un hôpital spécialisé. Mes parents viennent me voir tous les jours et ils m'expliquent toujours que suite à ce fâcheux évènement, j'ai perdu la raison. En réalité, je vais très bien. Si ce n'est que je m'enferme dans un mutisme précieux et que la vie m'est apparue dérisoire et futile. Mon frère me manque un peu plus tous les jours mais, bien trop lâche pour aller le rejoindre de moi-même, je préfère attendre que ce foutu jour arrive de lui même. En plus de mes parents, j'ai droit à une visite quotidienne et même plusieurs fois par jour, de médecins et autres infirmières qui m'apportent, pour mon bien, évidemment, des cachets et autres boissons aromatisés « pourriture de vie ». Je vis enfermée dans cet hôpital depuis un an déjà et je supporte le regard des autres depuis tout ce temps, mon goût pour la vie, mon envie de rire et de jouir de celle-ci a disparue avec mon frère. A présent, au lieu de sortir au cinéma, de voir mes amies, de regarder des DVD pour la troisième fois dans la même semaine, de boire jusqu'à en vomir partout, d'être heureuse ... je me bourre de médicaments.
La vie est merveilleuse.